Depuis la mise en application de la loi du 13 juin 2014, dite loi Eckert, les banques françaises sont tenues d’identifier chaque année les comptes que leurs clients ont cessé d’utiliser et, au bout d’un certain délai, de transférer les sommes correspondantes à la Caisse des dépôts et consignations (CDC). Cet établissement public, qui assure depuis 1816 le rôle de tiers de confiance pour l’épargne réglementée et les fonds publics, est ainsi devenu la mémoire bancaire des Français — gardien temporaire de comptes et de contrats dont les titulaires ont oublié l’existence ou dont les héritiers n’ont pas été informés. Depuis l’entrée en vigueur du dispositif au 1er janvier 2016, environ 9,71 milliards d’euros répartis sur 13,65 millions de comptes et contrats ont ainsi été transférés à la CDC selon les données publiées par l’institution en mars 2026.
Avant cette loi, le sort des comptes oubliés relevait d’un mécanisme paradoxal pour la plupart des Français. La prescription acquisitive trentenaire, principe hérité du droit civil, faisait que les sommes restées sans mouvement ni réclamation pendant trente années étaient acquises au bénéfice de l’établissement bancaire détenteur — pour deux cinquièmes du total — et au budget général de l’État pour le reste. Les banques n’avaient aucune obligation de rechercher activement les titulaires défaillants ou leurs héritiers, et bénéficiaient passivement de l’oubli. La loi de modernisation de l’économie du 4 août 2008 (loi LME) avait modifié cette répartition au profit de l’État, sans pour autant créer d’obligation de recherche. La Cour des comptes, dans un rapport remis au Parlement en 2013, estimait alors que les comptes bancaires inactifs représentaient environ 1,2 milliard d’euros et les contrats d’assurance-vie non réclamés environ 2,8 milliards d’euros. Cette estimation, devenue publique, a déclenché l’initiative législative qui a abouti à la loi portée par Christian Eckert, alors député socialiste et rapporteur général du budget.
Le dispositif aujourd’hui en vigueur poursuit trois objectifs convergents. D’abord, obliger les banques à identifier les comptes inactifs selon une grille de délais précisément définie par le Code monétaire et financier (12 mois pour les comptes courants, 5 ans pour les livrets et comptes-titres, 10 ans pour certains plans d’épargne logement). Ensuite, transférer les avoirs dans des délais encadrés à la Caisse des dépôts, qui en assure la conservation à long terme. Enfin, mettre à disposition du public un service de recherche gratuit — la plateforme Ciclade, accessible depuis janvier 2017 — permettant à tout particulier de vérifier en quelques minutes si une somme lui revient ou revient à un proche décédé, et de la récupérer sur présentation de justificatifs. Selon les chiffres publiés par la CDC le 17 mars 2026, environ 1,2 milliard d’euros ont déjà été restitués via Ciclade depuis 2017, dont 164,4 millions d’euros sur la seule année 2025 — en hausse de 8 pour cent par rapport à 2024.
Cet article retrace la mécanique de l’oubli bancaire à la française, son histoire récente, et la procédure concrète pour vérifier qu’on n’a pas, soi-même ou un proche, oublié quelques centaines ou quelques milliers d’euros dans une banque dont le compte a cessé d’être actif il y a dix ou vingt ans. Pourquoi la France a légiféré tardivement sur ce sujet. Comment la définition légale du compte inactif diffère selon le produit (compte courant, livret réglementé, assurance-vie, épargne salariale). À quel moment précis un avoir passe de la banque à la Caisse des dépôts, puis de la CDC à l’État. Comment fonctionne concrètement la procédure Ciclade. Et quelles bonnes pratiques permettent, de son vivant, d’éviter qu’une part de son patrimoine disparaisse silencieusement entre les institutions.
Comptes bancaires inactifs, ou les milliards que les Français ont oubliés
Combien la France a oublié dans ses banques
Les chiffres publiés par la Caisse des dépôts et consignations à l’occasion du neuvième anniversaire de la loi Eckert, en mars 2026, donnent l’ampleur du phénomène. Depuis l’entrée en vigueur du dispositif en 2016, environ 13,65 millions de comptes et contrats ont été transférés des banques vers la CDC, pour un montant cumulé de 9,71 milliards d’euros. La somme moyenne par compte transféré s’établit ainsi à environ 710 euros — répartition très inégale, certains comptes contenant quelques centimes, d’autres des dizaines de milliers d’euros. Sur la seule année 2025, 758 395 comptes et contrats ont rejoint la CDC, pour un montant de 671,09 millions d’euros.
L’autre versant — ce qui reste encore dans les banques sans avoir été transféré — fait l’objet d’évaluations moins officielles mais convergentes. Une enquête du magazine Capital, reprise par MoneyVox en mars 2025, estime à environ 5 milliards d’euros répartis sur 6,3 millions de comptes les avoirs encore dormants dans les établissements bancaires français mais pas encore arrivés au seuil de transfert à la CDC. Cette estimation est obtenue en agrégeant les rapports annuels publiés par les principales banques françaises, conformément aux obligations de transparence imposées par la loi Eckert.
Les chiffres par établissement, lorsqu’ils sont rendus publics, donnent à voir la diversité des situations. Selon les données rassemblées par Capital, la Société Générale a réduit ses encours dormants de 777 millions d’euros en cinq ans grâce à une politique active de relance des clients. La Banque Postale a réduit le nombre de comptes inactifs de 27 pour cent (-650 000 comptes). Le Crédit Agricole, en revanche, a connu une hausse de 77 pour cent de ses fonds dormants — qui dépassent désormais 500 millions d’euros au niveau du groupe. Le groupe BPCE (Banques Populaires et Caisses d’Épargne) présente une situation contrastée : hausse de 34 pour cent pour les Banques Populaires, hausse de 11 pour cent pour les Caisses d’Épargne. Les banques en ligne ne sont pas épargnées : BoursoBank recense plus de 60 millions d’euros sur environ 860 000 comptes dormants, et Fortuneo a vu le nombre de ses comptes oubliés doubler en cinq ans pour atteindre environ 56 000. Le CIC présente le cas atypique d’un nombre de comptes inactifs relativement modeste (environ 35 000) mais avec une moyenne par compte dépassant les 2 000 euros.
Le ratio entre comptes transférés à la CDC et comptes restitués aux titulaires reste l’autre indicateur clé. Sur les 9,71 milliards d’euros transférés depuis 2017, environ 1,2 milliard d’euros ont été effectivement restitués via Ciclade — soit un taux de récupération d’environ 12 pour cent à neuf ans. Une partie du solde reste théoriquement accessible (la procédure Ciclade fonctionne pendant 20 ans après le transfert pour les comptes ordinaires, 27 ans pour les comptes de personnes décédées) ; une partie est progressivement acquise à l’État au titre de la prescription trentenaire. Depuis 2017, environ 640,7 millions d’euros ont ainsi été reversés au budget général de l’État, dont 89 millions sur la seule année 2025.
Avant 2014 : où finissaient les comptes oubliés ?
Pour comprendre pourquoi la loi Eckert a été nécessaire, il faut revenir sur le régime antérieur — qui a durablement marqué l’imaginaire fiscal français autour des banques. Jusqu’en 2008, aucun texte n’obligeait les établissements de crédit à rechercher activement les titulaires de comptes inactifs ou leurs héritiers. La prescription acquisitive trentenaire, principe ancien du droit civil français codifié à l’article 2272 du Code civil, jouait à plein. Au terme de trente années sans aucune opération initiée par le titulaire ni aucune réclamation de sa part, les sommes restées sur un compte étaient juridiquement prescrites — c’est-à-dire que le droit du titulaire à les réclamer s’éteignait. Une partie significative de ces sommes prescrites — historiquement deux cinquièmes, soit 40 pour cent — revenait alors à l’établissement bancaire détenteur. Le reste était reversé au budget de l’État.
Cette configuration créait une incitation perverse rarement explicitée. Les banques n’avaient pas seulement l’absence d’obligation de recherche : elles avaient un intérêt financier indirect au maintien des comptes inactifs dans leurs livres. Plus les comptes dormaient longtemps sans contestation, plus la perspective de récupérer 40 pour cent des sommes au bout de trente ans devenait concrète. La gestion administrative quotidienne (envoi de relevés, application de frais minimaux de tenue de compte) restait peu coûteuse pour la banque. Et l’encours global de ces comptes — comptabilisé au passif du bilan en tant que dépôts à vue — contribuait modestement à la liquidité de l’établissement.
La loi de modernisation de l’économie (LME) du 4 août 2008 a opéré une première correction. Elle a mis fin à la possibilité pour les banques de bénéficier de la prescription : à compter de cette date, l’intégralité des sommes prescrites devait revenir au budget général de l’État, et non plus à l’établissement détenteur. Mais cette correction est restée largement théorique. La loi LME n’imposait toujours aucune obligation aux banques de rechercher les titulaires défaillants ou leurs ayants droit, ni de transférer activement les avoirs avant le terme de la prescription. Les comptes inactifs continuaient à dormir dans les bilans, et l’État ne disposait d’aucun outil pour vérifier l’application de la prescription au cas par cas.
Le rapport de la Cour des comptes remis au Parlement en 2013, dans le cadre du contrôle de la gestion par les banques des comptes inactifs et des contrats d’assurance-vie non réclamés, a marqué le tournant politique. Les magistrats financiers estimaient le stock à environ 1,2 milliard d’euros pour les comptes bancaires et 2,8 milliards d’euros pour les contrats d’assurance-vie en déshérence. Le scandale médiatique qui s’en est suivi — relayé notamment par Que Choisir et plusieurs émissions de télévision — a créé les conditions politiques d’une réforme. Une amende de 40 millions d’euros infligée par l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) à CNP Assurances le 31 octobre 2014, pour manquement aux obligations de moyens en matière d’identification des assurés décédés et de recherche des bénéficiaires, a accéléré le mouvement. La loi du 13 juin 2014, portée par Christian Eckert, est entrée en vigueur le 1er janvier 2016 après publication de ses décrets d’application le 28 août 2015.
Comment un compte devient inactif : la mécanique de la loi Eckert
La loi Eckert et ses décrets d’application ont créé les articles L312-19 à L312-21-1 du Code monétaire et financier, complétés par les articles R312-19 à R312-22 pour la partie réglementaire. Ces dispositions définissent précisément ce qu’est un compte inactif et les obligations qui en découlent pour les banques. La définition retient deux conditions cumulatives. Premièrement, l’absence d’opération initiée par le titulaire — autrement dit, aucun virement, retrait, dépôt ou paiement effectué à l’initiative du client ; les opérations automatiques comme l’inscription d’intérêts ou le débit de frais bancaires par l’établissement lui-même ne comptent pas. Deuxièmement, l’absence de manifestation du titulaire ou de son représentant légal auprès de l’établissement — y compris une simple connexion à l’espace client en ligne, qui suffit à interrompre le délai.
Les délais d’inactivité au terme desquels un compte ou un produit bascule dans le régime des comptes inactifs varient selon la nature du produit financier. Le compte courant ou compte de dépôt classique devient inactif au bout de douze mois sans opération ni manifestation. Les livrets d’épargne (Livret A, Livret de développement durable et solidaire, Livret d’épargne populaire, Compte épargne logement), les comptes-titres, les comptes à terme et les produits d’épargne salariale (plan d’épargne entreprise, plan d’épargne retraite collectif, plan d’épargne retraite) deviennent inactifs au bout de cinq ans. Le plan d’épargne logement bénéficie d’un régime spécial : il devient inactif au bout de dix ans si aucun autre produit n’est détenu par le titulaire dans l’établissement, et est transféré à la CDC au terme de vingt ans. Les contrats d’assurance-vie obéissent à une logique distincte : le délai d’inactivité court à partir de l’échéance du contrat ou du décès de l’assuré, pour une durée de dix ans.
Une fois un compte qualifié d’inactif, la banque est soumise à plusieurs obligations annuelles. Elle doit consulter chaque année le Répertoire national d’identification des personnes physiques (RNIPP) tenu par l’INSEE pour identifier les éventuels décès parmi ses clients dont les comptes sont inactifs. Elle doit informer chaque année le titulaire (ou ses ayants droit en cas de décès) de l’inactivité du compte, des conséquences de cette inactivité, et des frais de tenue spécifiques éventuellement appliqués. La loi a en effet plafonné ces frais à 30 euros par an pour les comptes inactifs des personnes physiques, mesure de protection introduite par l’arrêté du 9 mars 2017. Enfin, chaque établissement bancaire doit publier chaque année le nombre et l’encours total des comptes inactifs qu’il détient, dans un rapport annuel transmis à la Banque de France et accessible publiquement.
La Caisse des dépôts, dernière mémoire bancaire
Au terme du délai d’inactivité défini par produit, et après une période supplémentaire fixée par la loi, les avoirs d’un compte inactif sont automatiquement transférés à la Caisse des dépôts et consignations. Cette institution, créée en 1816 par Louis XVIII pour rassembler les fonds des consignations judiciaires et restaurer la confiance dans le crédit public après les bouleversements révolutionnaires et napoléoniens, joue depuis lors un rôle de tiers de confiance pour de nombreuses missions publiques. Elle gère notamment la collecte centralisée du Livret A (depuis 2009), les consignations judiciaires, les fonds en déshérence — et désormais les avoirs des comptes inactifs au titre de la loi Eckert.
Les délais de transfert à la CDC dépendent de la situation du titulaire. Pour un compte inactif dont le titulaire est vivant, le transfert intervient dix ans après le début de l’inactivité. Pour un compte dont le titulaire est décédé, le délai est ramené à trois ans après la date du décès dès lors qu’aucun ayant droit ne s’est manifesté pendant cette période. Ces deux régimes différenciés visent à protéger d’une part les titulaires distraits dont les comptes sont simplement oubliés, et d’autre part les héritiers qui n’auraient pas été informés de l’existence d’un compte au moment du règlement d’une succession.
Une fois transférés à la Caisse des dépôts, les avoirs y sont conservés pour une période longue mais finie. Pour les comptes ordinaires (titulaires vivants), la CDC conserve les fonds pendant vingt ans à compter du transfert — soit trente ans au total depuis la dernière opération du titulaire. Pour les comptes de personnes décédées, la CDC conserve les fonds pendant vingt-sept ans à compter du transfert — soit également trente ans depuis le décès. Au terme de ces délais, le solde restant est acquis à l’État au titre de la déchéance trentenaire, et aucune restitution n’est plus possible. Cette règle de la déchéance trentenaire est ancienne dans le droit français ; ce que la loi Eckert change, c’est qu’elle est désormais précédée d’une longue période de mise à disposition publique et de recherche organisée — précisément pour réduire le volume des fonds qui finissent par tomber à l’État faute d’avoir été réclamés.
Compte courant : 12 mois sans opération. Livret, compte-titres, épargne : 5 ans.
À compter du début d’inactivité (3 ans si décès du titulaire).
Cumulés. Au-delà, les fonds sont acquis à l’État, aucune restitution possible.
Le rôle pratique joué par la Caisse des dépôts ne se limite pas à la conservation des avoirs. La CDC assure également une gestion active de ces sommes : elle les place en obligations d’État et autres actifs réglementés, et utilise les produits financiers pour couvrir ses frais de gestion. Les avoirs transférés ne sont donc pas en sommeil au sens strict — ils participent au financement public via la rémunération de l’épargne. Cette logique explique pourquoi la CDC, institution proche du Trésor public mais juridiquement distincte, est l’opérateur retenu plutôt que les banques elles-mêmes : sa neutralité institutionnelle garantit que les fonds ne sont pas utilisés au profit d’un acteur commercial particulier en attendant leur éventuelle restitution.
Ciclade, ou comment retrouver son argent en cinq minutes
Le service Ciclade — acronyme dérivé de « recherche de comptes inactifs et contrats d’assurance vie en déshérence » — a été lancé par la Caisse des dépôts et consignations en janvier 2017, soit un an après l’entrée en vigueur de la loi Eckert. Il est accessible gratuitement à l’adresse ciclade.caissedesdepots.fr et permet à toute personne de rechercher si une somme transférée à la CDC lui revient personnellement, ou revient à un proche décédé pour lequel elle a qualité d’ayant droit. La plateforme couvre l’ensemble des produits relevant de la loi Eckert : comptes bancaires et livrets d’épargne, comptes-titres, épargne salariale, contrats d’assurance-vie.
La procédure se déroule en cinq étapes simples. La première consiste à remplir un formulaire de recherche en ligne : nom, prénom(s), date et lieu de naissance, nationalité de la personne dont on cherche un éventuel avoir. En cas de recherche pour le compte d’une personne décédée, on ajoute la date de décès. Le moteur Ciclade interroge alors la base de données centralisée de la CDC. La deuxième étape est l’affichage du résultat : Ciclade indique simplement si un ou plusieurs comptes ou contrats correspondent aux critères saisis, sans préciser le montant ni la nature exacte à ce stade. Si la recherche est positive, la troisième étape consiste à déposer une demande de restitution avec les pièces justificatives requises : copie de pièce d’identité, justificatif de domicile récent, acte de décès et acte de notoriété successorale le cas échéant pour les ayants droit, attestation sur l’honneur. La quatrième étape est la validation par les services de la CDC, qui vérifient les pièces et la conformité de la demande. La cinquième et dernière étape est le virement bancaire des sommes dues sur le compte du demandeur, effectué dans un délai d’environ trois mois après validation.
Les statistiques 2025 publiées par la CDC le 17 mars 2026 témoignent d’une montée en charge significative. Le site Ciclade a reçu 10,6 millions de visiteurs uniques sur l’année — plus que doublement par rapport à 2024 (un effet de la médiatisation accrue du dispositif et de plusieurs campagnes de communication menées par la CDC et par les associations de consommateurs). Le nombre de demandes de restitution déposées a atteint 200 000 en 2025, contre 94 000 en 2024 (+113 pour cent). Le nombre de paiements effectués s’établit à 174 000 (+79 pour cent par rapport à 2024). Le montant total restitué en 2025 atteint 164,4 millions d’euros (+8 pour cent), pour une moyenne par dossier restitué de 943 euros. Cette moyenne, qui peut paraître modeste à l’échelle individuelle, masque une distribution très inégale : la plupart des restitutions concernent quelques centaines d’euros (livrets oubliés d’enfance, comptes courants de jeunesse), tandis qu’une minorité dépasse plusieurs dizaines de milliers d’euros (assurances-vie souscrites par des grands-parents pour leurs petits-enfants sans qu’ils en aient été informés).
943 euros en moyenne par dossier restitué : ce n’est pas une fortune. C’est le signe que l’oubli bancaire frappe à tous les niveaux de fortune, sur des sommes auxquelles personne ne pensait plus.
Pour les comptes inactifs depuis moins de dix ans — donc non encore transférés à la CDC —, la procédure Ciclade ne s’applique pas. La demande doit être adressée directement à l’établissement bancaire gestionnaire, qui dispose des informations et reste tenu de restituer les avoirs sur production de l’identité du titulaire. Pour les contrats d’assurance-vie dont le souscripteur est décédé depuis moins de dix ans, c’est l’association AGIRA (Association pour la gestion des informations sur le risque en assurance) qui assure une recherche gratuite via son site agira.asso.fr. Pour les comptes de personnes décédées dont les héritiers ignorent l’existence, le notaire chargé de la succession peut interroger directement le fichier FICOBA (Fichier national des comptes bancaires et assimilés) et le fichier FICOVIE (Fichier des contrats d’assurance-vie) gérés par la Direction générale des Finances publiques. Cette interrogation par notaire est désormais une étape standard de la liquidation des successions.
Préparer la transmission pour éviter l’oubli
Le dispositif Ciclade fonctionne en aval : il permet de récupérer des avoirs qu’on a déjà oubliés ou qu’un proche n’a pas pensé à mentionner. Mais l’essentiel se joue en amont, par quelques bonnes pratiques simples qui permettent d’éviter qu’un patrimoine disparaisse silencieusement entre les institutions au moment d’une succession ou d’une période d’inattention prolongée. La première recommandation, la plus simple, consiste à tenir un inventaire de ses comptes — comptes bancaires courants, livrets réglementés, comptes-titres, plans d’épargne entreprise et retraite, contrats d’assurance-vie — et à le partager avec un proche de confiance ou à le conserver dans un dossier accessible aux héritiers. L’inventaire n’a pas besoin de détailler les soldes ; il doit simplement répertorier les établissements et les numéros de référence des produits détenus.
La deuxième recommandation concerne spécifiquement les contrats d’assurance-vie. La clause bénéficiaire doit être rédigée de façon précise (nom, prénom, date de naissance, lien de parenté) plutôt que vague (« mes héritiers », « mes enfants »), pour faciliter l’identification au moment du décès. Elle doit également être actualisée à chaque événement familial majeur — mariage, divorce, naissance, décès d’un bénéficiaire désigné. Le souscripteur a tout intérêt à informer le ou les bénéficiaires de l’existence du contrat, sans nécessairement en révéler le montant : cette simple information, conservée par les bénéficiaires, accélère considérablement le processus de réclamation au moment venu.
La troisième recommandation est de vérifier périodiquement ses comptes secondaires — livrets oubliés, comptes-titres anciens, plans d’épargne logement ouverts il y a longtemps. Une simple connexion à l’espace client en ligne constitue, au sens de la loi Eckert, une manifestation du titulaire qui interrompt le décompte d’inactivité. Une vérification annuelle suffit donc à maintenir un compte actif indéfiniment. Pour les ménages détenteurs de plusieurs livrets dans différentes banques, cette habitude prend moins de quinze minutes par an et évite tout risque de transfert non souhaité à la CDC.
La quatrième recommandation s’adresse aux héritiers potentiels. Au moment du règlement d’une succession, plusieurs interrogations systématiques permettent de ne pas passer à côté d’avoirs oubliés. La consultation du fichier FICOBA par le notaire en charge de la succession est désormais standard ; elle révèle l’ensemble des comptes bancaires détenus par le défunt en France. La consultation du fichier FICOVIE révèle de la même manière les contrats d’assurance-vie. La saisine de l’AGIRA par les héritiers permet en complément de vérifier l’existence de contrats d’assurance-vie pour lesquels ils auraient été désignés comme bénéficiaires à leur insu. Et la consultation de Ciclade permet de rechercher les avoirs déjà transférés à la CDC, antérieurs au décès ou postérieurs. Cette démarche en quatre étapes, qui peut être menée sans coût significatif, permet de capter la quasi-totalité des avoirs financiers susceptibles d’exister.
Pour les particuliers en activité, plusieurs outils complémentaires permettent de garder une vue d’ensemble de leur patrimoine financier. Le site Mon Compte Retraite (info-retraite.fr) recense tous les comptes d’épargne retraite ouverts à votre nom dans le cadre de votre activité professionnelle, y compris ceux dont vous auriez perdu la trace lors d’un changement d’employeur. L’espace particulier de impots.gouv.fr permet à chaque contribuable de consulter sa propre fiche FICOBA et donc de vérifier l’exhaustivité de la liste des comptes bancaires ouverts à son nom — vérification utile au moins une fois pour s’assurer qu’aucun compte n’a été ouvert à votre insu (cas rares mais documentés) et qu’aucun compte ancien n’a été oublié.
Un compte oublié n’est pas un compte perdu
Le compte bancaire oublié n’est pas un vide. C’est une mémoire qui survit à son titulaire — et que la France a, depuis 2014, transformée en système organisé de récupération plutôt qu’en aubaine pour les banques ou pour l’État. Avant la loi Eckert, le destin d’un compte inactif était scellé par le silence : trente ans d’oubli passif, puis prescription au bénéfice de l’établissement détenteur ou du Trésor. Le dispositif actuel a substitué à ce silence une procédure publique, gratuite, accessible — la plateforme Ciclade, le fichier FICOBA, la saisine AGIRA pour les assurances-vie. Le résultat se mesure en chiffres concrets : 1,2 milliard d’euros restitués à leurs propriétaires légitimes en neuf ans, à raison d’environ 943 euros par dossier en moyenne.
La responsabilité de se souvenir reste personnelle. La CDC ne contacte pas les titulaires : elle attend qu’on la sollicite. Une succession non préparée, c’est un délai de trente ans qui commence à courir — au terme duquel l’avoir devient définitivement la propriété de l’État. Ciclade est là pour rattraper les oublis du passé, ceux des grands-parents qui n’ont pas pensé à parler de leur livret, ceux des parents qui ont changé de banque sans clôturer l’ancienne. Pour les oublis de demain, l’outil n’est pas Ciclade — c’est la liste de ses comptes, partagée avec un proche, mise à jour de temps en temps. Un acte de prévoyance que la loi rend désormais facile, et que rien n’oblige à différer.
Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil financier ou juridique personnalisé. Les règles applicables aux comptes inactifs et aux successions peuvent évoluer ; vérifier l’actualité du droit sur Service-Public.fr, impots.gouv.fr et ciclade.caissedesdepots.fr avant toute démarche. Pour les situations complexes (héritages multiples, comptes à l’étranger, contrats anciens), consulter un notaire ou un conseil en gestion de patrimoine.
Textes officiels · Loi n°2014-617 du 13 juin 2014 (loi Eckert) relative aux comptes bancaires inactifs et aux contrats d’assurance-vie en déshérence · Décret n°2015-1092 du 28 août 2015 d’application · Code monétaire et financier — articles L312-19 à L312-21-1 (partie législative) et R312-19 à R312-22 (partie réglementaire) · Loi n°2008-776 du 4 août 2008 de modernisation de l’économie (LME) sur la prescription · Arrêté du 9 mars 2017 plafonnant les frais des comptes inactifs à 30 euros par an · Code civil — article 2272 sur la prescription acquisitive trentenaire.
Institutions et services · Caisse des dépôts et consignations (CDC) — communiqué du 17 mars 2026, bilan 2025 du dispositif Ciclade · Ciclade — service de recherche gratuit accessible sur ciclade.caissedesdepots.fr · FICOBA (Fichier national des comptes bancaires et assimilés) — DGFiP · FICOVIE (Fichier des contrats d’assurance-vie) — DGFiP · AGIRA (Association pour la gestion des informations sur le risque en assurance) — agira.asso.fr · Mon Compte Retraite — info-retraite.fr · ACPR (Autorité de contrôle prudentiel et de résolution) — sanction du 31 octobre 2014 contre CNP Assurances · Banque de France — rapports annuels sur les comptes inactifs.
Études et analyses · Cour des comptes — rapport au Parlement de 2013 sur la gestion des comptes bancaires inactifs et contrats d’assurance-vie non réclamés · La Finance pour Tous (Institut pour l’éducation financière du public) — analyses Ciclade et loi Eckert, mars 2026 · Capital / MoneyVox — enquête mars 2025 sur les 5 milliards d’euros dormants dans les banques françaises · Banque des Territoires (CDC) — bilan dispositif Ciclade 2025 · Service-Public.fr — fiches comptes bancaires inactifs et assurance-vie · Vie-publique.fr — résumé loi Eckert.


