Pendant la cuisson d’une poêlée de pommes de terre sautées dans une cuisine française moyenne, la concentration en particules fines de moins de 2,5 micromètres (PM2,5) dans l’air ambiant peut passer en quelques minutes de 10 microgrammes par mètre cube — niveau de fond habituel — à plus de 500 microgrammes par mètre cube. C’est environ trente-trois fois la recommandation moyenne de 15 microgrammes sur 24 heures émise par l’Organisation mondiale de la santé dans ses dernières valeurs guides d’air intérieur publiées en 2021. Une fois la cuisson terminée, ces particules ne disparaissent pas instantanément : elles restent en suspension pendant quarante-cinq à quatre-vingt-dix minutes dans une cuisine ouverte sans extraction efficace, contre quinze à trente minutes dans une cuisine fermée équipée d’une hotte à évacuation extérieure. Ce différentiel d’une heure d’exposition à un air chargé constitue l’un des angles morts les mieux documentés mais les moins discutés de la qualité de l’air intérieur en France.
La hotte aspirante est l’objet domestique le plus présent dans les cuisines françaises sans avoir jamais fait l’objet d’une obligation réglementaire dans le résidentiel. Le Code de la construction et de l’habitation ne l’impose pas. Les normes thermiques successives — RT 2005, RT 2012, RE 2020 — l’ignorent. Le DTU 68.3 (Document technique unifié, norme NF P 50-410, mis à jour en 2017) régit la ventilation mécanique contrôlée des logements neufs et existants ; il fixe des débits minimaux d’extraction pour la cuisine — quarante-cinq mètres cubes par heure en base, cent trente-cinq en pointe forcée pour le logement collectif — mais ces débits concernent la VMC générale, pas la hotte placée au-dessus des plaques. Aucune norme nationale n’oblige un fabricant ou un installateur à respecter une performance minimale de capture sur l’objet hotte lui-même.
Cette absence de cadre s’est traduite, en deux décennies, par une situation paradoxale. Pendant la même période, le parc immobilier français a basculé massivement vers la cuisine ouverte. Dans les programmes neufs des années 2010-2020, la cuisine ouverte sur le séjour est devenue la norme — un héritage du great room américain et du loft new-yorkais des années 1990 importé en France comme signe de modernité et de convivialité. La réglementation environnementale RE 2020, applicable depuis le 1er janvier 2022 aux constructions neuves, a parallèlement renforcé l’étanchéité à l’air des logements — un mètre cube par heure et par mètre carré au plus pour les maisons, encore moins en collectif. Conséquence physique : les fumées de cuisson, qui se dispersaient autrefois à travers les défauts d’étanchéité d’un logement ancien, restent désormais piégées à l’intérieur d’enveloppes presque hermétiques. Une cuisine ouverte sans hotte performante équivaut, en termes d’exposition aux particules fines, à fumer environ une cigarette par heure dans son salon.
Cet article retrace ce que les cuissons libèrent vraiment dans l’air d’une cuisine (acroléine, formaldéhyde, particules fines, dioxyde d’azote, particules ultrafines), pourquoi la hotte aspirante fonctionne ou ne fonctionne pas (physique de l’extraction, débit utile, hauteur d’installation, gaine), pourquoi le mode recyclage par charbon actif est massivement vendu mais quasi-inefficace au-delà de quelques semaines, ce que le DTU 68.3 dit et ne dit pas, et comment dimensionner une hotte qui ventile réellement plutôt qu’éclaire la plaque. Pas un guide d’achat, pas un comparatif de fabricants — simplement la physique d’un objet trivial qui détermine, repas après repas, ce que l’on respire pendant les quatre-vingts pour cent de notre temps passés en intérieur.
La hotte aspirante, ou pourquoi les cuisines françaises suffoquent encore
Une cuisine qui suffoque : la situation française
L’histoire de la cuisine française au XXe siècle est celle d’un lent décloisonnement. Jusqu’aux années 1950, la cuisine est presque partout une pièce fermée, séparée du séjour par une porte battante ou par un passe-plat, conçue comme un espace technique et de service. Le plan cuisine-laboratoire théorisé dans les années 1920-1930 par les architectes Paule Bernège et Christine Frederick, puis appliqué massivement aux logements HLM des années 1950-1975, érige la séparation entre cuisine et salle à manger en principe. La logique est claire : confiner les odeurs, l’humidité, la fumée et le bruit dans une pièce dédiée. Une porte qui se ferme suffit à protéger le reste du logement. Aucune hotte n’est nécessaire — l’aération par la fenêtre, la porte ouverte sur le couloir, la VMC introduite dans le neuf à partir de 1969, suffisent à renouveler l’air à un rythme acceptable.
La rupture commence dans les années 1980 avec l’arrivée en France du loft new-yorkais, puis s’accélère dans les années 1990-2000 avec la généralisation des cuisines ouvertes dans les programmes immobiliers neufs. Selon l’enquête Logement de l’INSEE — la dernière édition exhaustive disponible date de 2013, en attendant la mise à jour annoncée pour 2026 —, environ 63 pour cent des ménages français cuisinaient à cette date dans une cuisine attenante au séjour ou un espace de vie unifié, contre moins de 40 pour cent vingt ans plus tôt. Dans le neuf construit depuis 2010, les estimations professionnelles convergent autour de 80 pour cent de cuisines ouvertes. Le vide a remplacé la porte. La fumée d’une poêlée ne s’arrête plus au chambranle.
Ce basculement a coïncidé avec une autre évolution : l’amélioration progressive de l’étanchéité à l’air des logements neufs. La réglementation thermique RT 2005 puis RT 2012 a imposé des seuils de plus en plus stricts. La RE 2020, en vigueur depuis le 1er janvier 2022 pour le résidentiel, fixe pour les maisons individuelles un débit de fuite d’air maximal de 0,6 mètre cube par heure et par mètre carré de paroi sous une dépression de 4 pascals (Q4Pa-surf) ; pour les logements collectifs, 1 mètre cube. À titre de comparaison, un logement français des années 1950-1960 affiche des débits de fuite trois à dix fois supérieurs. Une enveloppe plus étanche signifie un meilleur confort thermique, une consommation énergétique réduite, mais aussi une dépendance accrue à la ventilation mécanique. Les fumées qui s’évacuaient autrefois passivement à travers les fissures et les joints de fenêtre stagnent désormais dans la maison.
Le résultat se lit dans les mesures de l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI, devenu OQEI). La deuxième Campagne nationale logements menée entre novembre 2020 et février 2023 sur 571 logements répartis dans 84 départements montre que plus de 70 pour cent des logements français dépassent l’objectif de 10 microgrammes par mètre cube en moyenne annuelle pour les particules fines PM2,5 — seuil de qualité fixé par le Haut Conseil de la santé publique. La moyenne de fond a baissé de 33 pour cent par rapport à la première campagne (2003-2005), conséquence positive de la réduction des sources de combustion (chauffage individuel au fioul ou au charbon) et de la généralisation des VMC. Mais les pics de cuisson restent inchangés. La cuisine ouverte des années 2020 a installé la pollution de cuisson au centre de la pièce de vie.
Ce que les cuissons libèrent vraiment
Pour comprendre l’utilité réelle d’une hotte, il faut connaître la nature des polluants que la cuisson libère dans l’air. Le premier d’entre eux, et peut-être le plus sous-estimé, est l’acroléine (CH2=CH-CHO) — aldéhyde issu de la décomposition thermique des glycérols contenus dans les huiles de cuisson au-delà de leur point de fumée, généralement situé entre 150 et 230 degrés Celsius selon l’huile (le point de fumée de l’huile d’olive vierge se situe vers 180-200 degrés, celui de l’huile de tournesol raffinée vers 230 degrés). La fiche toxicologique INRS n°94 classe l’acroléine comme irritant respiratoire puissant. Sa concentration ambiante augmente brutalement lors d’une friture ou d’une cuisson à la poêle à haute température. À court terme, l’exposition provoque des picotements oculaires et une irritation des voies respiratoires supérieures ; à plus long terme, elle est associée à une aggravation de l’asthme et des bronchopathies chroniques.
Vient ensuite le formaldéhyde (HCHO), composé organique volatil que l’on retrouve à la fois dans les matériaux de construction (panneaux de particules, mousses isolantes) et dans les fumées de cuisson — particulièrement celles du grill et de la cuisson des graisses. Le formaldéhyde est classé cancérogène certain pour l’humain (Groupe 1) par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). La valeur d’action rapide fixée par le Haut Conseil de la santé publique français pour l’air intérieur est de 100 microgrammes par mètre cube ; la valeur cible long terme, de 10 microgrammes. La deuxième Campagne nationale logements de l’OQAI a mesuré que 6 pour cent des logements français dépassent encore la valeur de gestion provisoire de 30 microgrammes — en baisse significative par rapport à 2005 mais loin d’être négligeable.
Les particules fines constituent la troisième famille de polluants émis par la cuisson, et celle dont les pics atteignent les concentrations les plus spectaculaires. Une friture produit des aérosols de graisse — gouttelettes microscopiques d’huile en suspension — qui se mêlent aux particules issues de la combustion. Une mesure réalisée dans une cuisine standard équipée d’une plaque au gaz et sans hotte efficace peut afficher une concentration en PM2,5 supérieure à 500 microgrammes par mètre cube en quelques minutes de cuisson — soit dix fois la valeur d’action rapide (50 microgrammes) recommandée en air intérieur. Les particules ultrafines (PUF, diamètre inférieur à 0,1 micromètre), beaucoup moins étudiées car non mesurées dans les réglementations existantes, sont les plus pénétrantes : elles franchissent les alvéoles pulmonaires, passent dans le sang et atteignent les organes cibles. La friture, le grill et la rôtisserie en sont les principales sources domestiques.
Pour les ménages utilisant une cuisson au gaz — environ 28 pour cent des ménages français selon les dernières données SDES — s’ajoute le dioxyde d’azote (NO2), sous-produit de la combustion à haute température. Une étude européenne publiée en 2023 par l’ONG Respire estime que plus de 50 pour cent des ménages utilisant le gaz dépassent les seuils OMS pendant la cuisson — la nouvelle valeur guide annuelle de l’OMS pour le NO2 est de 10 microgrammes par mètre cube, fixée en 2021. Le NO2 est associé à une aggravation de l’asthme, particulièrement chez les enfants. Plusieurs études américaines récentes ont d’ailleurs établi une association statistique entre la cuisson au gaz et la prévalence pédiatrique de l’asthme — corrélation que l’EPA et certains États commencent à intégrer dans leurs politiques de qualité de l’air.
Physique de l’extraction d’air
L’efficacité d’une hotte aspirante repose sur trois paramètres physiques mesurables : le débit (volume d’air déplacé par unité de temps), la vitesse de capture à proximité de la source de pollution, et la distance source-captage. Le débit s’exprime en mètres cubes par heure (m³/h). Les hottes domestiques affichent des débits nominaux compris entre 200 et 1 000 m³/h. Mais le débit nominal annoncé en laboratoire (mesuré à l’aspiration directe, sans gaine) n’est presque jamais le débit utile en installation réelle — il faut systématiquement le minorer pour tenir compte des pertes de charge de la gaine d’évacuation et des filtres.
Pour une cuisine de 20 à 30 mètres cubes (surface habituelle entre 8 et 12 mètres carrés, hauteur sous plafond 2,50 m), un débit utile compris entre 400 et 600 mètres cubes par heure à pleine vitesse est généralement nécessaire pour capter efficacement le panache de cuisson avant sa dispersion dans la pièce. En dessous de 300 m³/h utile, l’extraction reste très partielle — la hotte se contente d’aspirer les fumées qui montent directement sous son volume, laissant le reste se diffuser latéralement. Au-dessus de 700 m³/h, la hotte devient bruyante (souvent plus de 65 décibels en vitesse maximale, équivalent d’un trafic urbain) et peut générer une dépression dans le logement étanche, problème que nous évoquerons plus loin.
La vitesse de capture à hauteur de la plaque est l’autre paramètre clé. Pour aspirer efficacement le panache thermique de la cuisson — colonne d’air chaud et chargé qui s’élève naturellement de la source vers le plafond —, la vitesse de l’air à proximité de la plaque doit atteindre 0,2 à 0,5 mètre par seconde. Cette vitesse chute en fonction du carré de la distance entre la plaque et la bouche de la hotte. Si l’on installe une hotte à 1,40 mètre au-dessus de la plaque au lieu des 0,70 mètre recommandés, la vitesse de capture est divisée par quatre. C’est la raison pour laquelle une hotte techniquement performante peut s’avérer pratiquement inefficace si elle est installée trop haut — pour des raisons d’esthétique, de meuble haut existant ou d’erreur d’installation.
Les distances d’installation recommandées par les fabricants convergent vers les valeurs suivantes : 65 à 75 centimètres au-dessus d’une plaque électrique ou à induction, 70 à 80 centimètres au-dessus d’une plaque au gaz (la flamme nécessite un dégagement plus important pour des raisons de sécurité). Au-dessus de 80 centimètres, l’efficacité chute drastiquement. La largeur de la hotte doit également être au moins égale à celle de la plaque — une hotte de 60 centimètres au-dessus d’une plaque de 90 centimètres laisse échapper environ 30 pour cent des fumées latéralement. Une hotte de 90 ou 100 centimètres au-dessus d’une plaque de 60 centimètres a en revanche un effet bénéfique de capture étendue.
Le dernier point souvent négligé concerne la gaine d’évacuation, pour les hottes en mode extraction. Une gaine flexible en aluminium spiralé crée une perte de charge d’environ 10 à 20 pascals par mètre de longueur. Chaque coude à 90 degrés équivaut à 3 à 5 mètres de gaine droite supplémentaires. Au-delà de 5 mètres de gaine totale et plus de deux coudes, le débit utile peut être réduit de 30 à 50 pour cent par rapport au débit nominal annoncé. La recommandation des bureaux d’étude en ventilation est simple : préférer une gaine rigide à paroi lisse, d’un diamètre minimal de 150 millimètres, d’une longueur la plus courte possible et avec un nombre de coudes minimal. Une hotte de 800 m³/h reliée à une gaine flexible de 6 mètres avec trois coudes peut délivrer en réalité moins de 350 m³/h en sortie.
Recyclage contre évacuation : deux philosophies
Deux configurations principales coexistent sur le marché de la hotte domestique en France. La hotte à évacuation extérieure (aussi appelée extraction ou aspiration) aspire l’air chargé de la cuisine et le rejette à l’extérieur du logement via une gaine traversant un mur ou un conduit vertical jusqu’à la toiture. C’est la configuration physiquement complète — elle élimine effectivement les fumées, l’humidité, les particules fines, les COV et les gaz de combustion hors du logement. C’est aussi la configuration la plus contraignante à installer : elle nécessite une gaine d’évacuation, un percement de façade ou de toit, et l’accord de la copropriété en logement collectif.
La hotte à recyclage, en revanche, aspire l’air chargé, le fait passer à travers un filtre à charbon actif destiné à retenir les molécules odorantes, et renvoie l’air filtré dans la pièce. C’est la solution massivement vendue dans le neuf collectif et la rénovation, parce qu’elle ne nécessite aucun percement et aucune autorisation. Elle constitue toutefois un compromis aux limites bien documentées. Le charbon actif retient effectivement 80 à 85 pour cent des molécules odorantes — gras volatils, composés soufrés, certains aldéhydes — lorsque le filtre est neuf. Il n’élimine pas l’humidité, ne retient pas les particules les plus fines (PM2,5 et PUF, dont la taille est inférieure aux pores du filtre), et ne neutralise pas les gaz de combustion comme le monoxyde de carbone ou le dioxyde d’azote.
La dégradation du filtre à charbon est le second problème, encore plus déterminant. Selon une étude indépendante publiée par Que Choisir en partenariat avec le laboratoire Neutratest, l’efficacité d’un filtre à charbon actif neuf est réduite de moitié après une dizaine d’utilisations seulement. Les fabricants recommandent généralement un remplacement tous les trois à douze mois — Que Choisir préconise un changement tous les trois à quatre mois pour maintenir une efficacité minimale. Dans la pratique observée, une seule personne sur les utilisateurs sondés en quatorze ans par Neutratest changeait ses filtres à charbon conformément aux recommandations. Au-delà de quelques mois, l’efficacité d’une hotte en recyclage devient quasi nulle ; elle se contente alors de brasser l’air sans le traiter, en créant un bruit et une lumière qui donnent l’illusion d’une ventilation.
S’ajoute un coût souvent sous-estimé : le prix des filtres à charbon peut atteindre, sur la durée de vie d’une hotte (typiquement 10-15 ans), une fraction significative du prix d’achat initial. Quatre filtres par an à 25-40 euros pièce représentent 100 à 160 euros annuels — soit 1 500 à 2 400 euros sur quinze ans pour une hotte achetée 800 euros. Cette dépense récurrente, peu mise en avant lors de l’achat, explique également pourquoi tant d’utilisateurs renoncent à changer leurs filtres et continuent d’utiliser une hotte qui ne traite plus rien. En pratique, l’argument économique penche presque toujours vers l’évacuation extérieure pour les configurations où elle est techniquement possible.
Une hotte sous-dimensionnée ne ventile pas la cuisine — elle déplace ses fumées vers le salon. Le recyclage par charbon actif, dégradé en quelques semaines, n’est plus, au bout de quelques mois, qu’une lampe coûteuse.
Le mur réglementaire : DTU 68.3, arrêté de 1982 et VMC
La réglementation française relative à la ventilation des logements repose principalement sur deux piliers. Le premier est l’arrêté du 24 mars 1982 modifié, relatif à l’aération des logements, qui fixe les règles générales d’aération applicables à tous les logements d’habitation. Il impose une ventilation générale et permanente (24 heures sur 24), assurée le plus souvent par une VMC simple flux, parfois par une ventilation naturelle assistée. Pour la cuisine, il fixe un débit minimum d’extraction de base de 45 mètres cubes par heure et un débit de pointe forcée (utilisé pendant la cuisson) de 135 mètres cubes par heure dans un logement collectif. Ces débits sont assurés par une bouche d’extraction VMC placée au plafond ou en haut du mur de la cuisine, reliée à un conduit collectif.
Le second pilier est le DTU 68.3, norme française NF P 50-410 mise à jour en 2017, qui définit précisément les règles de conception, de dimensionnement et de mise en œuvre des installations de ventilation mécanique contrôlée dans les logements neufs et existants. Le DTU 68.3 couvre les VMC simple flux (autoréglables et hygroréglables), les VMC double flux (avec récupération de chaleur, rendement typique 75-90 pour cent) et les ventilations mécaniques par insufflation. Depuis 2015, la VMC simple flux hygro B — dont les débits varient automatiquement selon le taux d’humidité — est la norme dans le neuf. La RE 2020 n’impose pas la double flux, qui reste optionnelle.
Or, et c’est l’angle mort réglementaire central de notre sujet, aucune obligation française n’impose l’installation d’une hotte aspirante dans le résidentiel. Le Code de la construction et de l’habitation ne la mentionne pas. Aucun DTU ne lui est consacré. Aucune norme NF ne fixe ses performances minimales. Les hottes domestiques sont soumises à la norme européenne EN 60335-2-31 (sécurité électrique des appareils ménagers) et aux directives compatibilité électromagnétique et étiquetage énergétique européen — mais pas à une norme de capture des polluants. À titre de comparaison, les cuisines professionnelles sont régies par la norme EN 16282 (mise à jour 2017) qui impose des débits d’extraction calculés selon la puissance de cuisson et la nature des appareils ; cette norme ne s’applique pas aux cuisines domestiques.
Le résultat de cette absence de cadre est que la hotte est laissée au libre choix du propriétaire ou du locataire, sans qu’aucune autorité ne contrôle son existence, ses performances réelles ou son entretien. La VMC, elle, est contrôlée à la livraison du logement neuf (test d’étanchéité, mesure de débit) — mais son rôle dans le captage des fumées de cuisson est extrêmement limité, puisque la bouche d’extraction est placée au plafond, là où les fumées sont déjà diluées dans tout le volume de la pièce. Une VMC ne remplace pas une hotte, et inversement : les deux équipements traitent des situations différentes — ventilation de fond pour la VMC, captage à la source pour la hotte. Une cuisine bien équipée combine les deux.
La hotte au bon endroit, au bon débit
La synthèse des recommandations techniques convergentes — Aldès, Energie-Environnement (Suisse), bureaux d’étude en thermique du bâtiment, fabricants de hottes haut de gamme — peut se résumer en quelques principes opérationnels qui, appliqués ensemble, permettent à une hotte de remplir effectivement sa fonction.
Pour une cuisine de 20-30 m³, mesuré en sortie réelle après gaine. Penser à minorer le débit nominal annoncé.
Au-dessus de la plaque. Plus haut : la vitesse de capture chute selon le carré de la distance.
Rigide, lisse, longueur < 5 m, maximum deux coudes. Sinon, débit divisé par deux.
Le dimensionnement du débit doit toujours partir du débit utile en sortie réelle, et non du débit nominal annoncé sur la fiche technique. Pour calculer le débit utile, partir du débit nominal et soustraire les pertes de charge de la gaine (10-20 pascals par mètre, plus 3-5 mètres équivalents par coude à 90 degrés). Une marge de sécurité de 30 pour cent par rapport au calcul théorique est prudente. Pour une cuisine ouverte de 30 mètres cubes ou plus, viser 600-800 m³/h utile est raisonnable ; en cuisine fermée plus petite, 400 m³/h utile suffit.
L’installation doit respecter quatre règles. Premièrement, la hauteur de 65 à 75 centimètres au-dessus de la plaque, sans dépasser 80 centimètres. Deuxièmement, la largeur de la hotte au moins égale à celle de la plaque — idéalement supérieure de 10 à 20 centimètres pour étendre la zone de capture. Troisièmement, le choix de la gaine d’évacuation rigide, courte et droite. Quatrièmement, la prise en compte du besoin d’air compensatoire : une hotte puissante (au-delà de 400 m³/h) crée une dépression dans le logement étanche RE 2020, qui peut provoquer un refoulement des appareils à combustion (chauffe-eau gaz, poêle à bois, cheminée à foyer ouvert). Une entrée d’air dédiée, motorisée et synchronisée avec la hotte, devient alors nécessaire dans les configurations modernes. C’est un point que les installateurs négligent fréquemment.
L’usage compte enfin autant que l’installation. Mettre la hotte en marche trois minutes avant le début de la cuisson permet d’établir le courant d’aspiration avant que les fumées ne montent. La laisser fonctionner dix à quinze minutes après la fin de la cuisson permet de traiter les particules en suspension résiduelles. Ces deux gestes simples augmentent l’efficacité globale d’environ 30 à 50 pour cent par rapport à un usage strictement synchrone avec la cuisson. Pour les filtres à charbon, en mode recyclage, le remplacement tous les trois à quatre mois est nécessaire pour maintenir une efficacité résiduelle ; au-delà, l’équipement perd presque toute fonction de filtration.
Une cuisine bien ventilée ne se voit pas
La hotte aspirante est l’un des rares équipements domestiques dont on ne mesure l’importance qu’à son absence. Une cuisine bien ventilée ne se voit pas : les vitres ne sont pas embuées, les meubles ne sont pas gras au toucher après quelques années, l’air ne sent pas le frit de la veille au réveil, les voiles légers de poussière ne se chargent pas de particules collantes. L’invisible, ici, n’est pas anodin — c’est ce que respirent les occupants pendant les quatre-vingts pour cent de leur temps passés en intérieur, selon les estimations convergentes de l’OQAI et de l’OMS.
Dans une cuisine fermée des années 1960, le confinement protégeait le reste du logement au prix d’un air confiné dans la pièce de cuisson — supportable parce que la pièce était habitée principalement pendant la préparation des repas. Dans la cuisine ouverte des années 2020, les fumées voyagent librement dans tout l’espace de vie, alors même que les logements neufs sont devenus plus étanches sous l’effet de la RE 2020. Le problème ne se résout pas en ouvrant une fenêtre — les fumées chaudes montent au plafond, hors de portée du courant d’air latéral. Il se résout en captant les polluants à la source, là où ils naissent, avant qu’ils ne se diffusent.
Dans les années qui viennent, alors que les logements continueront de gagner en étanchéité sous l’effet des normes de performance énergétique successives et que les cuisines ouvertes resteront probablement la norme architecturale, la question de la qualité de l’air intérieur lié à la cuisson est appelée à devenir centrale. Il n’est pas absurde de penser qu’une réglementation française de la hotte finira par voir le jour — sur le modèle de la norme EN 16282 pour les cuisines professionnelles, ou des codes US qui imposent déjà des hottes performantes dans les cuisines ouvertes neuves dans plusieurs États. En attendant, la hotte reste la décision invisible qui sépare une cuisine qui sent la vie d’une cuisine qui encrasse durablement son air.
Institutions et normes · OQAI / OQEI (Observatoire de la qualité de l’environnement intérieur, CSTB) — Campagne nationale logements 1 (2003-2005) et Campagne nationale logements 2 (2020-2023), 571 logements, 84 départements · INRS — fiche toxicologique n°94 Acroléine, dossier Qualité de l’air intérieur, ressources sur la ventilation industrielle · ANSES — résultats CNL2 et valeurs guides air intérieur · ADEME — guides Bien aérer son logement et Qualité de l’air intérieur · HCSP (Haut Conseil de la santé publique) — valeurs repères air intérieur, formaldéhyde et particules · CIRC/IARC — Monograph vol. 88 sur le formaldéhyde, Groupe 1.
Textes réglementaires · Arrêté du 24 mars 1982 modifié relatif à l’aération des logements · DTU 68.3 (NF P 50-410, 2017) — Installations de ventilation mécanique · Réglementation thermique RT 2005, RT 2012 · Réglementation environnementale RE 2020 (entrée en vigueur 1er janvier 2022) · Norme européenne EN 16282 (cuisines professionnelles, 2017) · Norme européenne EN 60335-2-31 (sécurité électrique des hottes domestiques) · Code de la construction et de l’habitation, articles R111-1 et suivants.
Recherche et études comparatives · OMS — WHO global air quality guidelines, 2021 (valeurs guides PM2,5, NO2) · INSEE — Enquête Logement 2013, données sur configuration des cuisines · SDES — données sur les modes de cuisson et énergies domestiques · Que Choisir / laboratoire Neutratest — études sur l’efficacité des filtres à charbon actif · Respire — études sur le NO2 et la cuisson au gaz, 2023 · Aldès — documentation technique sur ventilation et DTU 68.3 · Energie-Environnement.ch — guide complet hottes et extraction · Études américaines sur l’association cuisson au gaz et asthme pédiatrique (RMI, Stanford University, 2023).


